[Hommage] Merci coach Jardim

C’est désormais officiel, l’AS Monaco s’est séparé de son entraîneur Leonardo Jardim. Arrivé en Principauté le 1er juillet 2014, le technicien aura notamment apporté un titre de champion de France aux Rouge et Blanc. 

Un accent prononcé ineffaçable,  un titre de champion de France mais surtout une phrase inoubliable : “Maintenant je crois que c’est possible que je gagne le trophée du meilleur maçon portugais de France.” En quatre ans, Leonardo Jardim aura tout connu avec Monaco.

En succédant à Claudio Ranieri, auteur d’une saison 2013-14 exceptionnelle, le Portugais hérite d’une mission périlleuse. Il doit offrir des résultats, mais surtout s’adapter au revirement du projet made in Rybolovlev. Champion de Ligue 2, puis dauphin du PSG, Ranieri disposait d’une politique sans limites, lui offrant Falcao, Carvalho, James ou Moutinho. A son arrivée lors de l’été 2014, Jardim assiste aux départs combinés des deux colombiens James (meilleur buteur de la coupe du Monde 2014) et Falcao (prêté à Manchester United). Pour cette nouvelle saison, l’ancien entraîneur du Sporting Lisbonne reçoit les inconnus Fabinho (en prêt de Rio Ave), Bernardo Silva (en prêt du Benfica Lisbonne) ou encore le jeune Tiémoué Bakayoko acheté au Stade Rennais. Rien à voir avec le recrutement bling bling de l’année passée.

Vadim Vasilyev accueille Leonardo Jardim en 2014.

Jardim, chef de chantier

Avant de dévoiler le nom de Leonardo Jardim, Vadim Vasilyev promet aux supporters un entraîneur qui prône le beau jeu. Pour arriver à ce style de jeu offensif, il faudra un certain temps à Jardim. Sa première saison est plus qu’honorable avec 71 points et une troisième place en Ligue 1. Des performances satisfaisantes avec des joueurs beaucoup moins clinquants que leurs proches prédécesseurs. Mais dans le jeu, c’est autre chose. Le Portugais se fait rapidement remarquer par ses choix parfois étonnants (les fameuses titularisation du brésilien Matheus à la place de Germain) et le spectacle est rarement au rendez-vous.

Pourtant il gagne quand même en notoriété lorsqu’avec Echiejile et Wallace sur le terrain, il s’impose 3-1 à l’Emirates Stadium d’Arsenal en huitième de finale de la Ligue des Champions. Monaco se qualifie en quart et retrouve son aura européenne d’antan. Le podium en Ligue 1 acquis, Jardim rêve de réitérer l’exploit l’année suivante. C’est sans compter un autre mercato dévastateur. Dimitar Berbatov (libéré), Geoffrey Kondogbia (Inter), Valère Germain (prêté à Nice) et de nouveau Radamel Falcao (prêté à Chelsea) quittent le navire monégasque. Pour remplacer ces joueurs importants, Jardim reçoit d’autres noms peu connus en Europe, Mario Pasalic (Chelsea), Helder Costa (Benfica), Thomas Lemar (Caen)… Avec ce changement d’effectif massif, Jardim ne parvient pas à passer les barrages de la Ligue des Champions et jouera pour la première fois l’Europa League. Cette saison-là se révèlera une des plus délicates à gérer. La campagne européenne s’avère complètement ratée et en championnat les Monégasques sont dépassés sur le fil par l’OL qui chipe la deuxième place après avoir compté 10 points de retard. 

Le beau jeu attendu par les spectateurs est aux abonnés absents. Pourtant, Jardim parvient à atteindre ses objectifs avec des moyens limités et une absence de continuité dans l’effectif. Critiqué par certains (à juste titre) pour ses choix d’hommes, il est aussi à l’origine de belles trouvailles. Le replacement de Fabinho, latéral droit de formation, en milieu défensif est l’une d’elle.

Reconstruire. C’est un peu la devise de Jardim à Monaco. Un mot qui lui colle à la peau, au point que le principal intéressé se mette à en sourire, se qualifiant lui même de “meilleur maçon portugais de France” avant la cérémonie des trophées UNFP 2015.

Du meilleur maçon au meilleur coach

Gagner un titre sous l’hégémonie du Paris Saint-Germain relève presque de l’utopie. Comment y parvenir en vendant les meilleurs éléments de l’équipe chaque année ? L’histoire ne dit pas ce qu’aurait pu faire Monaco en conservant James, Berbatov ou Martial dans la même équipe. Coup de chance ou véritable inspiration, lors de la pré-saison 2016-17, les dirigeants décident de conserver une grande partie de l’effectif intact. Mieux, ils recrutent intelligemment. La défense est renforcée avec Djibril Sidibé (Lille), Benjamin Mendy (Marseille) et Kamil Glik (Torino). Devant, Valère Germain revient d’un prêt fructueux à Nice et surtout Radamel Falcao décide de rester sur le Rocher après ses échecs outre-manche.

Cette fois Jardim a toutes les cartes en main pour faire mieux que du bricolage. Surtout, il peut préparer sa saison en toute sérénité sans changements impromptus. De la qualité, du temps et une saison qui s’annonce historique. Inutile d’en refaire la chronologie : Monaco emporte le titre de champion de France, réalise une campagne européenne mémorable et bat une multitude de records. Les attentes placées en coach Jardim sont enfin là : il a réussi à produire l’un des plus beaux football d’Europe.

Le 4-4-2 létal (soufflé en interne ?) fusille les clubs français et européens et Jardim est considéré par ses pairs comme l’un des meilleurs. Logiquement il est cette fois récompensé par le trophée UNFP du meilleur entraineur de l’année. Il n’en faut pas plus pour qu’il ressorte sa touche d’humour via un tweet savoureux. Jardim est adoubé par la planète football.

La fin d’un cycle

Est-ce que comme Mbappé, Mendy ou Bernardo, Jardim n’aurait-il pas dû prendre la poudre d’escampette après cette saison magnifique ? Après trois saisons il aurait pu s’en aller sur une excellente note, jouir d’un salaire juteux en Chine où il était convoité. Mais il accepte de prolonger l’aventure et, à nouveau de tout reconstruire. Impossible de retirer cette étiquette avec la politique menée. Une politique de trading de joueur poussée à l’extrême après cette saison du titre.

Résultat, s’il arrive à tirer avec brio son épingle du jeu en Ligue 1 (dauphin du PSG avec 80 points), Jardim ne peut rien faire en Ligue des Champions. Les premières bribes d’un échec retentissant se font sentir. Monaco termine dernier de sa poule sans gagner un match. Tant bien que mal le coach essaye d’incorporer les nombreuses recrues et s’embourbe dans des tactiques approximatives.

Le début de la saison 2018-19 vient achever le calvaire. Dès le début de saison Jardim semblait résigné d’une politique éreintante pour n’importe quel entraîneur. Le pompier Jardim rend les armes.

Merci coach Jardim

Au-delà de la saison 2016-17 exceptionnelle, Leonardo Jardim a marqué l’histoire de l’AS Monaco. On se souviendra qu’il était à la tête de l’équipe pour révéler les Mbappé, Bernardo, Lemar… Il est à l’origine du succès de la nouvelle politique des Russes. Espérons qu’avec son éviction, il soit aussi l’instigateur d’une remise en question de leur part. Nul doute que Jardim retrouvera un club à sa hauteur. Il dispose, à juste titre, d’une cote élevée en Europe. Merci coach Jardim pour ce que tu as apporté au club.

 

 

Liste de commentaires

  • RENE MEYNIER 11 octobre 2018

    C’est un départ absurde. Les principaux fautifs du désastre actuel se sont ceux à la tête du club qui ont commis beaucoup d’erreurs en vendant les joueurs de qualité et ont recruté des joueurs pas du tout de même niveau; Avec cette équipe là n’importe quel entraîneur ne fera pas mieux que MONSIEUR JARDIM

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  • Scifo 84 11 octobre 2018

    Avec ce départ, une des plus belles pages de l’histoire de l’ASM se referme. Souhaitons que celles qui s’ouvrent aujourd’hui soient aussi passionnantes…
    Et en tout cas, merci coach Jardim.!

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