“De mal en pis” par Norbert Siri

Nul laborieux à Bruges et face à Dijon. Défaite à Strasbourg, défaite à Reims, défaite contre Bruges. L’effet Thierry Henry a fait long feu. Le déclic psycho-machin n’a pas eu lieu. On est Gros-Jean comme devant. On n’avance pas, on stagne et on a même l’impression de reculer, tant le jeu proposé est mièvre, inconsistant, incohérent. Mesure-t-on assez la gravité de la situation ? Se rend-on suffisamment compte que notre équipe d’internationaux, fleuron d’un club nanti, est, depuis bientôt trois mois, incapable de s’imposer à de petites formations composées de joueurs modestes et issues de clubs aux moyens plus que limités ? Chaque fois qu’ils apparaissent sur un terrain, autrement dit, lorsqu’ils ne sont pas blessés, nos footballeurs reçoivent de leurs adversaires des leçons systématiques d’organisation, d’abnégation, de détermination, d’agressivité, de réalisme. Bref, leurs prestations n’expriment que résignation, impuissance et stérilité. Avant la réception du Paris Saint-Germain, qui va se régaler de leurs insondables lacunes défensives, l’heure est grave.

Après la défaite à Reims, logique malgré l’incohérence de l’arbitrage, il s’agissait d’oublier les faits de jeu contraires qui s’acharnent sur Thierry Henry et ses hommes, pour se concentrer sur la parenthèse européenne, constituée par la visite du FC Bruges, mardi soir, qui en avait pris six à Fontvieille, trente ans plus tôt, presque jour pour jour, à une époque où l’AS Monaco était crainte et respectée. Après avoir fait illusion durant une dizaine de minutes, les Monégasques sont aussitôt retombés dans leurs terribles travers. Les Flamands ont alors sonné l’hallali et réglé leur compte à nos favoris en un petit quart d’heure, avec une facilité qui a certainement dû les déconcerter. Menée 3 à 0 à la pause, l’AS Monaco a bien essayé de sauver les apparences au retour des vestiaires. Thierry Henry a même tenté l’impossible en lançant deux minots sur le pré, dans l’espoir de secouer l’apathie des anciens. En vain. On a continué à courir après le score, que dis-je, courir ?… à trottiner après le score. Et, naturellement, ce sont les Belges qui ont clôturé la marque, infligeant à notre club un camouflet historique.

Il y a un an et demi, rappelons-nous, l’AS Monaco dominait la France et même l’Europe. Son football était un modèle d’efficacité et d’esthétique, reconnu par les puristes. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. Le néant, le vide, le désert. Comment avons-nous pu tomber si bas en si peu de temps ? De nombreuses explications ont été hasardées. La spéculation est régulièrement présentée comme la principale raison de cette gabegie. Il est préférable de l’exprimer différemment. Ce qui se passe aujourd’hui à l’AS Monaco est la preuve que le fric, s’il est nécessaire au fonctionnement d’un club de football, n’est pas suffisant pour lui accorder force et vie. En vendant à tour de bras, selon un modèle économique désormais trop bien établi, en achetant des pépites potentielles et en recrutant des technocrates aux quatre coins du monde, l’AS Monaco a peu à peu perdu son âme. Un club est à l’image du lieu où il est implanté, c’est une histoire, un palmarès, un public, des supporters, des gens du cru ou d’ailleurs qui l’aiment depuis leur naissance, qui vivent à son rythme et le connaissent mieux que personne. Et qu’il convient de respecter. Et pas seulement un compte en banque sur lequel se penchent d’éminents gestionnaires.

Pour avoir négligé ce principe fondamental, l’AS Monaco se meurt à petit feu. Si son président était inquiété, si personne n’acceptait de rejoindre cette galère au mercato d’hiver, si la mission de son entraîneur échouait, qui parviendrait à sauver notre club ?

 Daghe Munegu.

 

Crédit Photo : VALERY HACHE / AFP

Laisser un commentaire