[ROTHEN OUVRE L’ŒIL] « A ce groupe d’écrire l’histoire »

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Salut les supporters monégasques, c'est Jérôme Rothen. Bienvenue sur Liveteam-asm.com pour le nouveau volet de ma rubrique mensuelle. Revenons sur la qualification de l'AS Monaco pour les 8èmes de Finale de la Champion's League mais également sur le cas de Joao Moutinho.

Après avoir éliminé Fenerbahce et Villarreal en barrage et tour préliminaire, Monaco commence son aventure dans la compétition par un déplacement compliqué à Tottenham, favoris annoncé de la poule. Gagner à l'extérieur n'est jamais chose facile, peu importe l'adversaire, et ça l'est d'autant moins quand on se déplace chez le favoris du groupe. Réaliser cet exploit peut créer une dynamique de groupe et mettre en confiance un effectif possédant de nombreux jeunes joueurs. Un tel résultat à l'extérieur, face au favoris de la poule, te rassure sur le niveau de l'équipe. L'ASM aborde la compétition de la meilleure des manières puisqu'une victoire à l'extérieur permet à l'équipe de Leonardo Jardim d'anticiper une possible contre-performance à domicile, sans trop de répercussions. Si l'on doit parler de l'adversaire, Tottenham reçoit dans un stade qui n'est pas le sien. Lorsque l'on reçoit une équipe chez soi, les repères sont immédiats. Dans ce cas de figure, tu as beau jouer à domicile, tu n'es pas vraiment chez toi. Wembley a été traumatisant pour Tottenham. Ils n'y ont jamais trouvé leur rythme. Les hommes de Mauricio Pochettino avaient pourtant bien démarré en mettant une énorme pression sur Monaco pendant une bonne vingtaine de minutes. Mais Nabil Dirar se blesse et la physionomie du match change. A ce moment là, les monégasques commencent à se projeter vers l'avant. Les performances de Thomas Lemar et Bernardo Silva sont à l'image de leurs prestations jusqu'ici, au-dessus du lot. Quand ces deux joueurs là sont au top, Monaco s'en sort. Quand ils sont moins bien, ils ont plus de mal.

Monaco reçoit le le Bayer Leverkusen

Les allemands de Leverkusen débarquent certainement à Monaco avec beaucoup de méfiance. Ayant vu les monégasques triompher du côté de Wembley, ils ont posé leur jeu avec beaucoup de sérénité, réussissant à faire déjouer Monaco. Les Monégasques sont tombés sur des joueurs aussi solides défensivement qu’aguerris offensivement et n'arrivent pas à se transcender. Cette équipe du Bayer Leverkusen m'avait fait forte impression lors de ce premier match. L'égalisation de Kamil Glik dans les dernières secondes était le fruit de la réussite monégasque du début de saison mais c'était un match vraiment compliqué. Sur cette partie, Leonardo Jardim était encore à la recherche d'une stabilité, d'un équilibre. Face aux grosses équipes il était encore dans l'optique de renforcer le milieu de terrain et de ne jouer qu'à un seul attaquant. Pourtant, je suis certain que le point fort de Monaco cette saison est ce schéma en 4-4-2, avec une certaine prise de risque. D'ailleurs nous le voyons aujourd'hui, même face aux grosses équipes Jardim semble garder son 4-4-2. A travers ce type de matches, vraiment compliqués, il a certainement vu qu'enlever un attaquant pour ajouter un milieu de terrain n'était pas le plus adapté à son effectif, contrairement à celui d'il y a deux ans, où l'équipe était basée sur sa solidité et opérait en contre-attaque. Avec les joueurs à sa disposition, il semble dans l'obligation de prendre le jeu à son compte et de prendre des risques, quitte à être en difficultés sur le plan défensif à certains moments. Leonardo Jardim a eu l'intelligence de s'adapter une nouvelle fois à son effectif. Il n'y a aucune raison, à ce jour, qui laisse penser à un retour à un schéma à une seule pointe.

CSKA Moscou - AS Monaco

Jouer en Russie, ou dans les pays qui lui sont proches, est toujours un contexte très particulier. Il y a souvent un temps d'adaptation pour la plupart des équipes. Il n'y a qu'à voir le résultat du Bayern Munich lors de son dernier match là-bas. Monaco fait une première période très en deçà de ses qualités et le score à la mi-temps semble même plutôt flatteur pour les Rouge et Blanc. Moscou jouait à son niveau, sans être flamboyante, mais cela lui suffit pour mener au score. Heureusement, Monaco revient des vestiaires avec un tout autre visage et il est certain que si l'équipe était revenue au score plus rapidement, elle se serait imposée en Russie. Je pense vraiment que ce match nul et cette performance de l'ASM n'est liée qu'au contexte russe et à rien d'autre.

Monaco - CSKA Moscou

Dans la continuité de la seconde mi-temps à Moscou, Monaco est bien en jambes et fait le match qu'il faut. Bien aidés par une défense du CSKA complètement à la ramasse, nous avons commencé à voir ce que nous avions aperçu sur certains bouts de matchs, avec une équipe pleine de repères et un onze type qui se dégage assez clairement. Sur le plan tactique, le 4-4-2 prend vraiment de l'ampleur avec des ailes efficaces et des attaquants en confiance. Ce match est le début d'une belle série de victoires !

Monaco - Tottenham

Ce match retour face à Tottenham montre une vraie progression de Monaco. Face à des anglais dos au mur, et qui n'ont donc plus rien à perdre, les joueurs et l'entraîneur auraient pu vouloir faire simplement déjouer cette équipe anglaise et se contenter du match nul. Et bien non, Monaco était en mode rouleau-compresseur. J'ai particulièrement aimé le côté gauche avec Benjamin Mendy et Thomas Lemar, ainsi que Bakayoko et Fabinho. Lorsque l'on voit une équipe malmener cette équipe de Tottenham, invaincue en Premier League, on se dit alors que Monaco, c'est du solide !

Monaco est donc qualifiée et assurée d'être première avant le dernier match de poule, c'est un cas rare pour un club qui a dû passer par un tour préliminaire et un barrage. Monaco va donc jouer un dernier match en Allemagne, face au Bayer Leverkusen, en pouvant faire tourner. Nous l'avons vu contre Dijon, il peut y avoir une forme de lassitude avec l'accumulation des matchs. Psychologiquement, il est très important de pouvoir récupérer. L'avantage de cette qualification et de cette première place acquise doivent servir à donner du temps de jeu et de l'expérience à certains jeunes pour confirmer que le groupe vit bien. Faire tourner ne veut pas dire que le match sera perdu. Le onze ne sera pas intégralement nouveau et l'équipe sera compétitive. Cela me rappelle quelque peu notre situation en 2003-2004, où nous étions également qualifiés et assurés de la première place avant notre dernier match à Athènes. Didier Deschamps avait fait souffler certains joueurs après une première partie de saison éprouvante psychologiquement. Il y a beaucoup de jeunesse dans cette effectif, ils progressent et semblent tous bien s'entendre. La vie d'un groupe est importante et Leonardo Jardim pouvait se servir de ce match pour donner du temps de jeu à d'autres joueurs, pour les garder concentrés sur un seul et même objectif.

Des similitudes avec 2003-2004

Concernant la suite de la compétition, je pense cette équipe capable de réaliser des exploits, comme ils l'ont déjà fait. Quand une équipe marque autant de buts, même face à des équipes de "seconde zone", c'est que quelque chose s'est créé dans le groupe. Il y a une vraie cohésion. Quand je les vois vivre ensemble, quand je les écoute parler ou quand je lis leurs interviews, j'y vois des similitudes avec notre époque où il y avait une ambiance exceptionnelle. Il y a un bon-vivre ensemble, ce qui souvent gage de réussite. Après, pour avoir des résultats exceptionnels, le bien-vivre ensemble ne suffit pas, il faut aussi le talent mais Monaco a des joueurs de grand talent. L'ASM dégage une force appuyée au fait que Leonardo Jardim aie trouvé son schéma préférentiel. Autre similitude avec notre épopée, ce 4-4-2, avec des côtés très complémentaires. Mais à ce jour, il est trop tôt pour savoir si l'effectif sera capable de gagner cette constance sur le terrain, ou même de hisser son niveau un ton au-dessus pour rivaliser avec les meilleurs clubs européens. On sent une nette progression. Le duo Bernardo Silva - Sidibé me fait beaucoup penser à la doublette de l'époque formée par Ludovic Giuly et Hugo Ibarra. Un Bernardo Silva qui se retrouve souvent dans l'axe, qui peut jouer en passant soit par l'axe, soit sur l'aile. Ludovic Giuly aimait ce rôle de "troisième attaquant" qu'effectue à ce jour le portugais. Autre similitude, avec un attaquant étranger. A l'époque nous avions Fernando Morientes, cette fois c'est Radamel Falcao. Il y a aussi ce milieu à deux très solide, nous avions la paie Lucas Bernardi - Andréas Zikos, et aujourd'hui Fabinho et Bakayoko remplissent parfaitement ce rôle. Cet axe très solide au milieu est la grande force de Monaco. C'est elle qui permet à Thomas Lemar, Bernardo Silva ou aux latéraux d'avoir plus de poids offensif et davantage de libertés. C'était aussi l'une des nôtres en 2003-2004 ou certes, Zikos et Bernardi étaient plus en retrait médiathiquement, mais sur le terrain ils avaient une grande responsabilité dans les résultats. Mais bon, chaque groupe à son histoire et je souhaite que l'ASM revive ce genre de choses incroyables. Je suis persuadé que ce groupe ne s'est pas fixé de limites et je leur souhaite de vivre les émotions que nous avons pu vivre en 2003-2004, que ce groupe écrive son histoire.

Les 8 èmes

Pour le 8 ème de finale, il serait préférable d'éviter les très gros. Bien sûr, si le tirage tombe, rien ne dit qu'un exploit n'est pas possible, surtout avec un groupe qui vit, je le répète une nouvelle fois, dans une très belle ambiance. Quand on est jeune, qu'on est sûrs de ses forces, elles sont décuplées et on ne se fixe plus aucune limite. A l'époque, qui nous voyait passer contre les Galactiques ? Imaginez deux secondes ce qu'on se prendrait dans le nez avec la médiatisation d'aujourd'hui. Les médias et les gens diraient : "Ils n'ont aucune chance" et pourtant on l'avait fait. La vraie force de Monaco est qu'ils ne se fixent pas de limites !

Le cas Joao Moutinho

Aujourd'hui, on sent que Joao Moutinho a perdu sa place de titulaire et quelque part le statut qui avait fait de lui une recrue phare à son arrivée. Pour reprendre sa place sur le terrain, le milieu de terrain portugais devra se forcer sur pas mal d'aspects de jeu. Dans ce 4-4-2, il ne peut pas jouer sur les côtés. Toujours dans ce schéma, l'effort et l'entrain qu'il met pour récupérer les ballons et orienter le jeu est insuffisant pour espérer redevenir titulaire. Aujourd'hui, Moutinho rend l'équipe inoffensive puisqu'il n'a pas l'impact qu'ont Fabinho et Tiémoué Bakayoko. Le pressing effectué par le champion d'Europe 2016 est insuffisant. Il ne couvre pas le côté gauche lors des montées et n'oriente pas assez vite le jeu vers l'avant. Joao Moutinho me rappelle encore un cas de 2003-2004, une autre similitude. Souvenez-vous, Marcelo Gallardo. Grosse côte à l'époque en 2003, Didier Deschamps arrive et met en place ce système en 4-4-2 à plat. Joueur d'axe, l'argentin ne rentrait plus dans ce schéma, dans ce style de jeu, tout joueur brillant qu'il était. Je ne dis pas que ces joueurs ont un profil identique, loin de là, mais leur configuration est identique. Ils se retrouvent dans un schéma de jeu qui fonctionne et dans lequel ils n'ont pas leur place. Bien qu'arrivé avec un statut important à l'AS Monaco, la seule alternative possible semble être d'accepter la situation, d'être un remplaçant de luxe et d'apporter sur 25-30 minutes, lorsque l'AS Monaco devra poser le pied sur le ballon pour gérer un résultat. Si la question est : "Faut-il vendre Joao Moutinho en Janvier" j'ai envie de répondre que le budget du club est fait sur l'année. Ceci dit, si la situation ne change pas, et compte tenu du salaire du joueur et de son standing, il serait peut-être préférable que les dirigeants discutent d'un transfert afin de conserver un gros salaire pour un joueur indiscutable et non pas pour un complément d'effectif, ce qu'il est aujourd'hui. Pour moi, Monaco doit garder Moutinho au moins jusqu'à la fin de saison. Monaco fera une grande saison sur tous les tableaux si elle conserve son effectif tel qu'il est aujourd'hui. Après ce qui est sûr également, c'est qu'un Moutinho remplaçant à Monaco perdra de sa valeur marchande en cas de vente l'été prochain. Je doute qu'au mercato hivernal les dirigeants optent pour l'option de le vendre, cependant, ce sera également au joueur de décider, de savoir s'il accepte la situation actuelle ou si celle-ci l'atteint moralement au point de désirer un départ dés janvier. Si Joao Moutinho ne se sent pas capable de retrouver son meilleur niveau, il n'y a aucun intérêt à ce qu'il reste. Si c'est pour voir le Joao Moutinho face à Dijon, ça ne m'a pas plu. Il faut davantage d'investissement de sa part.

Jérôme Rothen.

A PROPOS DE L'AUTEUR: Jérôme Rothen

Ancien international français, joueur de l'AS Monaco de 2002 à 2004. Aujourd'hui sur RMC Sport et SFR Sport.

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