[Légendes] Jean-Luc Ettori, gardien du temple par allégeance

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Il paraît que les records sont faits pour être battus. Pas tous, Jean-Luc Ettori en est l'illustre témoin. Si Mickaël Landreau l'a récemment détrôné au classement du plus grand nombre de matches joués en championnat de France, il est un record qui risque de durer, encore et encore... Car au pays des princes, la loyauté et l'allégeance sont de ces valeurs que l'on ne néglige pas.

Débarqué en Auvergne de sa Provence natale, le natif de Marseille débute sa formation à l'INF de Vichy en 1971. Il a alors 16 ans. Si ses premiers pas sur le pré l'ont été dans le champ, c'est bien au poste de gardien de but qu'il intègre le groupe du coach Pierre Pibarot. À une époque où la taille n'était pas un critère discriminatoire, il fait ses preuves, compensant ses 1,74m par une extrême agilité. Rapidement repéré par des clubs pro, il pose ses valises sur le rocher. Nous sommes en 1975, nul ne se doute de l'histoire qui débute.

ettori 1980Un aller simple pour le Rocher

Après avoir achevé sa formation à La Turbie, il découvre le monde professionnel en 1975. Malheureusement, le club descend en D2 au terme de la saison. Mais sous l'impulsion du nouveau président Campora et de ses cadres (Delio Onnis, Christian Dalger, Jean Petit...) elle s'adjuge le titre et remonte dans l'élite dès l'année suivante. Jean-Luc Ettori entre alors en piste. Porté par cette dynamique de conquête et un effectif soudé, l'ASM parvient à enchainer lchampion de D2 et champion de D1 ! Seuls les Verts de Jean Snella l'avaient fait en 1964, et personne n'a réédité l'exploit depuis. L'histoire d'amour entre Monaco et son gardien commence sous les meilleurs auspices !

monaco 1982

Celle-ci durera 33 ans, à différents postes mais sans interruption et sans infidélités. Avec 755 matchs officiels disputés et 19 ans de carrière professionnelle, Jean-Luc Ettori est à ce jour le joueur français à être resté le plus longtemps sous les couleurs d'un même maillot. Respect. Ils ne sont que 6 dans le monde à pouvoir se vanter d'un tel attachement à un écusson, avec en tête, Paolo Maldini et ses 902 matches en rouge et noir. En France, seul le Nantais Jean-Paul Bertand-Demanes (650) s’intercale entre Ettori et Claude Puel (601 apparitions sous les couleurs monégasques).

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Une carrière et un palmarès à l'image de l'ASM

Au cœur du projet monégasque, il voit le club se développer et devenir un prétendant régulier aux premières places. Sous l'égide de Bernard Banide, il étoffe son CV d'une victoire en Coupe de France (1980). Après une défaite en finale lors de l'édition 1984 (0-2 face à Metz) , il en remporte une deuxième en 1985 (1-0 contre le PSG). Toujours placée, jamais titrée, l'ASM ne regoûtera aux plaisirs d'un titre de champion qu'en 1988, au terme de la première saison du coach Arsène Wenger. Inamovible dans les cages, Ettori participe aux campagnes européennes et participe à l'émancipation de ses couleurs à l'échelon international. Vif, solide et doté d'un sens de l'anticipation affûté, il rassure ses défenses et écoeure bon nombre d'attaquants. Avec son style inimitable, sa crinière et sa moustache fournie, il marque les esprits de toute une génération. Après une dernière victoire en Coupe de France en 1991 (1-0 contre Marseille), plusieurs échecs viendront stopper l'évolution de son palmarès. Une dernière campagne en Ligue des Champions, ponctuée par une défaite en demi-finale et l’emblème raccroche les gants. Nous sommes en 1994, 19 ans ont passé, une légende est née.

Jean-Luc-ETTORI-9Des Bleus à l'âme

Après seulement deux saisons complètes dans l'élite, Ettori est appelé en équipe de France comme doublure de Dominique Dropsy. Deux ans après, avec un match et demi sous le maillot bleu, il devient titulaire pour la Coupe du Monde 1982 en Espagne. Trop tôt, trop jeune ou pas assez préparé, celui qui s'attendait à un rôle de 3ème homme est mis sous les feux des projecteurs. La première défaite face à l’Angleterre (1-3) déçoit et ses prestations en demi-teinte focalisent l'attention. Sans éclat, le moustachu ne parvient pas à redresser la barre durant le 1er tour. La défaite aux tirs au but dans le légendaire match face à la RFA de Schumacher n'arrangera rien. Pourtant crédité de quelques beaux arrêts et d'un tir au but stoppé, il ne sera pas épargné par les critiques et ne tirera aucun mérite personnel de la belle épopée des bleus. Dès le retour aux affaires courantes, il se fait massacrer après un 4-0 subi en amical face à la Pologne. Sa carrière internationale s'arrête net, en 1982, après 9 sélections... Ce sera le seul vrai regret de Jean-Luc Ettori, avoir manqué de temps pour s'intégrer pleinement dans l'équipe, prendre ses marques et montrer son vrai visage...

France Pologne 1

Transmettre aux nouvelles générations

Lorsqu'il décide de mettre un terme à sa carrière, après 602 matches à garder le temple monégasque, il trouve naturellement sa place auprès des gardiens qui lui succèdent sur le Rocher. Il exercera bien un bref intérim au poste d'entraineur, en duo avec Jean Petit, pour succéder à Wenger, mais l'ASM termine 6ème et l'expérience tourne court.

Jean-Luc-Ettori

Jean Tigana arrive sur le banc et le conserve dans son staff au poste d'entraineur des gardiens. Pour chaque entraineur, il sera un atout de poids. Au-delà de sa connaissance du poste de gardien, il connait parfaitement le club, l’environnement et assure un rôle de relais primordial avec les instances dirigeantes. Plus que jamais fidèle à ses couleurs, il assurera le job pendant 10 ans et glanera encore deux titres de champion (1997 et 2000) et une Coupe de la Ligue (2003). Indéboulonnable de La Turbie, Ettori aura façonné des gardiens de talent tels que Fabien Barthez, Tony Silva, Flavio Roma et aura travaillé avec Tigana, Puel et Deschamps.

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Au départ de celui-ci, le président Pastor lui confie la direction sportive du club. Malgré son attachement au fanion, il ne parvient pas à lui éviter une période sombre... Les entraineurs se succèdent et les résultats chutent jusqu'à ce qu'en 2008, il soit officiellement relevé de toutes fonctions au sein de l'organigramme. Son départ ne réglera rien et n'évitera pas la relégation trois ans plus tard. Loin de ses bases azuréennes, le gardien d'une histoire poursuit son aventure dans le football avec plus ou moins de succès. Il occupe aujourd'hui la place de président délégué du Tours FC, pensionnaire de Ligue 2.

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Impossible de dissocier l'histoire de l'AS Monaco du parcours de Jean-Luc Ettori. Comme deux parallèles, ils ont connu des trajectoires identiques. De l'éclosion jusqu'à la consécration, des grands espoirs aux amères désillusions. 33 ans, 1 seul club... 33 ans passées sous le même blason. Est-il besoin d'en rajouter ? Pour sa fidélité, sa loyauté, sa moustache et son talent, Ettori mérite sa place au Panthéon rouge et blanc.

A PROPOS DE L'AUTEUR: Yoann Tureck (LTASMFC)

Rédacteur freelance. Rouge et blanc depuis 1993 et le grand Enzo Scifo. Follow me @ytureck

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