[Légendes] Enzo Scifo, le diable rouge (et blanc)

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De par sa classe et sa créativité, Enzo Scifo s'est fait l'ambassadeur naturel d'un football belge qui ne cesse de grandir ! Talent précoce, le numéro 10 s'est rapidement éloigné du plat pays pour se faire un nom parmi les plus grands. Si sa carrière n'a malheureusement pas été à la hauteur de son talent, la France et Monaco ont eu la chance de voir le Diable Rouge a son meilleur niveau. Belle gueule, tête haute et lié par de nombreux points à la France, ce grand monsieur a laissé une trace décisive dans les pieds de toute une génération de footeux. Hommage !

Des rues de La Louvière aux lumières de l'Inter

09-Enzo SCIFOFils d'immigrés siciliens, Vincenzo Scifo naît le 19 février 1966 à La Louvière. C'est dans les ruelles de cette ville industrielle de la province de Hainaut qu'il touche ses premiers ballons. Il y signera sa première licence en 1973 avant d'être repéré par le RSC Anderlecht. Avec 31 titres au compteur, ce club de l'ouest-bruxellois est à cette époque ce qui se fait de mieux en Belgique. Nous sommes en 1982, Enzo intègre le centre de formation tandis que l'équipe A remporte la Coupe UEFA. Il signe son premier contrat pro dans la foulée et intègre l'effectif pour la saison qui démarre. A 17 ans, il étale son talent aux yeux de tout un pays avant d'être élu « Meilleur joueur belge de la saison » !

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Rapidement, il intègre la sélection nationale sans passer par la case espoir. Plus jeune joueur de l'Euro'84 en France, il ne la quittera plus jusqu'en 1998, toujours en France. Sous les couleurs mauves et blanches de son club (119 matchs / 32 buts), Enzo remportera 3 titres de champions en 4 ans et perdra une finale de Coupe UEFA. En sélection, il conduira les Diables Rouges en demi-finale du Mondial'86 au Mexique. Élu meilleur jeune joueur de la compétition, sa vista fait l'unanimité et les observateurs lui prédisent une carrière de légende.
tumblr_m7pil1mpGu1r5mz16La Belgique à ses pieds, numéro 10 indélébile dans le dos, Enzo décide de retourner aux racines familiales en s'engageant pour l'Inter Milan ! Rappelons qu'à l'époque, jouer en Italie était déjà une consécration. Mais l'aventure tourne court et il ne réussit pas vraiment à s'imposer parmi les stars de ce cador du calcio. Il dispute 28 rencontres, plante 4 buts et tire sa révérence. Il ne veut pas perdre de temps et c'est chez le voisin français, en Gironde, qu'il cherche le rebond.

 

Une star internationale en Division 1

Sur le terrain, Enzo confirme son statut. Sa vision de jeu et sa technique hors du commun en font une attraction pour les amoureux du beau-jeu. En dehors des terrains, des pépins physiques et des tensions avec certains cadres bordelais, l’empêchent de réellement s’épanouir. L'arrivée de son compatriote Raymond Goethals n'y changera rien et c'est par la petite porte qu'il quittera Bordeaux au terme de l'unique saison 1988-1989. Il trouve du réconfort auprès de Guy Roux, entraineur d'un AJ Auxerre ambitieux mais en manque d'étincelle créative.

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La mayonnaise va prendre rapidement, et après une première saison réussie, c'est un Scifo libéré qui hisse le club bourguignon en quart de finale de Coupe UEFA. Les performances du meneur belge permettent également à l'AJA de terminer 3ème du championnat français (1990-1991), une première ! A la suite de cela, il sera désigné « Meilleur footballeur étranger de D1 ». Bien entendu, c'est lui qui orchestre le jeu de la sélection belge lors de la World Cup'90 en Italie. Battus au finish par un but anglais, les Diables Rouges s'arrêtent en 1/8ème mais Scifo intègre l'équipe type de la compétition. Le sentiment du devoir accompli (25 buts en 67 matchs), Vincenzo répond aux appels du Torino, l'autre club de Turin, et part conjurer le sort en Italie. Il y remportera la Coupe nationale en 1993 et inscrira 16 buts en 62 rencontres. Mais bientôt, les français entendent reparler de lui sous les couleurs du club à la mythique diagonale.enzo-scifo-belgique-angleterre-11017653dmfoe_2403

À Monaco pour la postérité

Joueur accompli, titulaire indiscutable en sélection, Enzo Scifo débarque à Monaco en 1993. Aux commandes depuis 1987, Arsène Wenger savoure l'arrivée du génial meneur belge et l'associe à Emmanuel Petit au milieu de terrain. Si l'on évoque volontiers un intérêt purement financier à sa venue (gros salaire) et quelques pots de vin glissés par Campora à ses homologues turinois pour amorcer le transfert, sur le terrain il prend part à 31 rencontres et distribue les passes décisives. Le champion du monde allemand Jurgen Klinsmann et ses compères du front Djorkaeff et Ikpeba s'en souviennent encore. Le snake finira deuxième meilleur buteur avec 20 réalisations au compteur !

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Le club pousse l'aventure en Champion's League jusqu'en demi-finale où il sera battu sèchement par l'AC Milan (3-0). Les efforts consentis en Europe se ressentent en championnat et l'équipe princière termine à une insipide 9ème place. La saison qui suit (1994-1995) débute mal, Wenger est remercié puis remplacé par le duo Jean Petit / Jean -Luc Ettori (fraîchement retraité)... Privé de Coupe d'Europe et sans convaincre, les rouges et blancs terminent 6ème et accroche de justesse la Coupe UEFA. Miné par des blessures à répétition, le prodige belge ne fait que 11 apparitions sur le pré. Après une saison de transition, l'arrivée de Jean Tigana sur le banc va redonner espoir aux supporters monégasques. Peu inspirés en début de saison, éliminés prématurément en Coupe UEFA, ils vont parvenir à hausser le niveau pour finir 3ème après une deuxième moitié de saison exceptionnelle ! Titulaire sur la quasi-totalité des match, en pleine confiance, Enzo exploite parfaitement les qualités de vitesse d'un Sonny Anderson de gala !

AS Monaco 1996-1997

Mais les années passent et du sang neuf est injecté dans les veines de l'effectif... Arrivé de Martigues, Ali Benarbia trouve rapidement grâce aux yeux du coach. Relégué un cran en-dessous au milieu de terrain, Scifo ne prend part qu'à une quinzaine de rencontres dans la conquête du titre de 1997. Trentenaire, le « Pelé du Tivoli » décide de s'en retourner au pays. Quatre saison lui auront suffit pour graver son nom en rouge et blanc dans l'histoire du football français (90 matchs / 20 buts).

Dernière pige belge avant de changer de costume

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Fort de son aura et d'une carrière bien remplie, le natif de La Louvière retourne dans son club formateur d'Anderlecht. Inamovible en sélection, il franchit à nouveau la frontière pour participer à la Coupe du Monde 1998, sa quatrième ! Vieille et sans réelle ambition, l'équipe belge sort dès le 1er tour... Le dernier match de poule sera le dernier de sa carrière internationale. Alors qu'il est particulièrement en jambe et qu'une victoire est nécessaire pour se qualifier, le sélectionneur Georges Leekens le sort au profit d'un milieu défensif de 37 ans. Résultat 1-1. La Belgique quitte la compétition et Vincenzo ne reportera plus la tunique rouge. Cet événement lui laissera un goût amer et ponctuera tristement une carrière internationale de haute volée... En 2000, il ajoutera un dernier trophée à son palmarès en remportant le championnat de Belgique. Blessé, il s'engage au SC Charleroi et ne retrouvera plus la condition physique suffisante pour jouer. Clap de fin. Après une tentative d'entraineur-joueur, il prend les rênes de l'équipe et la direction sportive du club. Sans succès, il s'éloigne du monde du football pendant 2 ans. Son retour à Tubize en 2004 puis ses passages à Mouscron (2007-2009) et à Mons (2012-2013) seront également des échecs mais ne terniront jamais son statut d’idole au plat pays.

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Bien que sa carrière ait été en dent de scie, sa classe et son talent ont séduit aux quatre coins de l'Europe. International très jeune, il fait parti du cercle fermé des joueurs ayant participé à 4 Coupe du Monde. Une référence ! On ne compte plus le nombre de mômes qui choisissaient d'être Enzo Scifo lors des parties de ballon improvisées sur un carré de pelouse ou dans la cour goudronnée d'une école, ni le nombre de supporters monégasques clamant haut et fort que c'est par amour de Scifo qu'ils ont opté, tout jeune, pour la bannière rouge et blanche... J'en suis, pas vous ?

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A PROPOS DE L'AUTEUR: Yoann Tureck (LTASMFC)

Rédacteur freelance. Rouge et blanc depuis 1993 et le grand Enzo Scifo. Follow me @ytureck

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